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La fête de Noël et ses préparatifs au Moyen Age
Publié le 23 Décembre 2016
"Gentils pasteurs, qui veillez en la prée,
Abandonnez tout amour terrien,
Jésus est né et vous craignez de rien,
Chantez Noël de jour et de vesprée."
Jean Daniel, XVe siècle

 
La Nativité
Bréviaire romain
Clermont-Ferrand BM. ms. 0069 f°127

La fête de Noël et ses préparatifs

Comme les principales fêtes chrétiennes, Noël coïncide avec une grande date astronomique dont l'incidence agit directement sur la vie paysanne.
Noël, du latin ecclésiastique dies natalis, "jour de naissance", célébrait primitivement le solstice d'hiver. On envisagea dès le IVe siècle le 25 décembre, jour le plus court de l'année, pour célébrer la naissance du Christ. On sacrifiait alors à cette occasion les porcs et l'on finissait de battre le grain rentré en gerbe.
Comme pour Pâques ou la Pentecôte, cette fête impliquait une période de jeûne : l'Avent. Il durait depuis la Saint-Martin (c'est-à-dire le 11 novembre) avant d'être ramené à l'octave (dérivé du latin octavus, huitième) c'est-à-dire la période de huit jours qui précède Noël.

Cette période, la plus joyeuse d'entre toutes, entraînait au Moyen Age maints préparatifs : la maison était décorée de houx et de verdure, les anciens vêtements faisaient place aux habits neufs et la messe célébrée en pleine nuit était suivie de nombreuses réjouissances (divers jeux de hasard ou d'adresse, chants et danses) et de copieux repas.

Chrétien de Troyes mentionne peu cette fête si ce n'est pour évoquer dans Perceval ou le Conte du Graal, des vers 8245 à 8255, la longueur du repas célébrant la Nativité :

 

"Mes sire Gauvains coste a coste
[Monseigneur Gauvin invita son hôte]
Fist delez lui mangier son oste,
[à manger à côté de lui]
Et li mangiers ne fut pas corz,
[et le repas ne fut pas bref]
Qu'il dura plus que uns des jorz
[car il dura plus que ne dure]
Antor Natevité ne dure,
[une de ces journées autour de la Nativité]
Qu'il fu nuiz serree et oscure
[il faisait nuit noire et obscure;]
Et mout i ot ars gros tortiz
[et l'on avait brûlé beaucoup de grosses torches]
Einz que li mangiers fust feniz.
[quand le repas fut terminé.]
Sor li mangier ot mout paroles,
[Durant le repas, on échangea bien des paroles,]
Mout i ot dances et caroles
[et il y eut beaucoup de danses et de caroles (danse en rond)]
Aprés li mangier, einz qu'il colchassent.
[avant que tous n'aillent se coucher.]"
(Perceval ou le Conte du Graal, vers 8245 à 8255)


La Nativité
Heures à l'usage de Paris
Moulins BM ms 0079 f°032

La crèche et l'arbre de Noël

C'est saint François d'Assise qui, à la fin de sa vie, en 1223 eut l'idée de reproduire la scène de la Nativité dans l'église (cresche ou crespe).

 

"Et la mere doulce et belle
Quant elle l'enfanta
En place solitaire
Tendrement le posa
Noël Hélas
Et le mist dedans la cresche
Et puis s'agenouilla
Les beste l'adorèrent
Sa mère l'embrasa
Noël Hélas
[...]
Je t'ay mys en la cresche
Où les beufz ont mangé
Soutz la teste une pierre
Tu as pour reposer
Noël Hélas
"
(Les Noelz nouvellement faictz et composez en l'honneur
de la nativité de Jesuscrist et de sa tresdigne mere)

L'arbre de Noël, présent dans les drames liturgiques et les Mystères (genre théâtral qui mettait en scène des sujets religieux tirés de l'Ancien Testament) préfigure également la crèche. Il était orné de pommes et d'hosties et symbolisait l'arbre d'Eden.

La fête des "Fous"

Il s'agit là d'une fête dont la date variait suivant les régions. Elle se déroulait selon les villes entre la mi-décembre et le début du mois de janvier. C'était l'exemple même du besoin de défoulement dont avait bien besoin le peuple tant la vie était rude (froidure, épidémies, disettes et guerres). Episode comparable aux carnavals précédant le carême et que Shimrod présentera prochainement avec le Pétengueule.

On assistait alors à un renversement total de la société : la femme devenait le garçon, l'enfant l'évêque, le professeur l'élève, etc. On élisait le pape, l'évêque des fous, l'abbé des sots (abbas stultorum), on brûlait de vieilles chaussures dans les encensoirs, on dansait dans les églises en baragouinant du latin de façon à déclencher de nombreux fous rire. On danse et chante accompagné pour cela de musiciens qui font résonner des instruments à vent (flûte, trompette ou cornemuse) ou à cordes (vielle, harpe, luth).

Ces licences pouvaient aller bien loin puisqu'il n'est pas rare de constater qu'à l'intérieur des couvents régnait alors une sérieuse confusion : relations nocturnes entre l'abbé des sots et les petites abbesses ou encore simulacres d'épousailles entre un évêque et une supérieure de nonnes comme l'évoque Marc de Montifaud, dont on citera un passage dans un article à paraître : "La fête des Innocents, le 28 décembre".

 

La fête de l'âne

Encore appelée fête des humbles, elle rappelait la fuite en Égypte mais n'en était pas moins une grossière parodie. Une fille, tenant dans ses bras un nouveau-né, pénétrait à dos d'âne richement paré dans une église suivie par tout un cortège burlesque. A la fin de chaque prière l'assemblée scandait un joyeux "hi-han" : on chantait alors la prose de l'âne ! Ces licences seront, elles aussi, vivement condamnées par l'Église.

Elisabeth Féghali

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Repères bibliographiques :
 
HASENHOR Geneviève
Du bon usage de la galette des Rois
in Romania, tome 14, 3 - 4,
pp. 445 à 467.
 
D'HAUCOURT Geneviève
La vie au Moyen Age
coll. Que sais-je ?, n° 132,
P.U.F., 1944.
pp. 55 à 57.
 
ALEXANDRE-BIDON Danièle
La vie des écoliers au Moyen Age
2000, Editions du Sorbier (Paris)
 
WALTER, Phillipe
Mythologie chrétienne : rites et mythes du Moyen Age
Editions Entente, 1992, pp. 87-113.
Une approche très particulière (car rarement abordée) et néanmoins passionnante (importance du Merveilleux), enrichie de références littéraires, pour comprendre qu'une mythologie typiquement médiévale s'est bien construite sur les croyances païennes que le christianisme dut assimiler dans le but de les contrôler.

2 commentaires

#1 Publié par zoulou la danse des magiciens le jeudi 17 Décembre 2015 à 9h10

c'est de la grosse bomde ounaouna ouais grosse

#2 Publié par Coko le lundi 29 Février 2016 à 18h33

Bon site qui ma aidée à faire mon exposé. Un conseil: mettez des images où on voit la célébrations et les préparatifs de Noel au Moyen-Age, sinon c'est très bien.


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