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Le 28 décembre : fête des Innocents au Moyen Age
Publié le 27 Décembre 2016

Le 28 décembre : fête des Innocents.

Les écoliers et les enfants, en particulier, célébraient la fête des Innocents, ces garçons nouveau-nés massacrés en Judée sur ordre du roi Hérode, qui espérait faire périr parmi eux l'Enfant Jésus1. C'était donc par excellence la fête des "Enfants" à qui l'on permettait et pardonnait tout. Toute violence était également prohibée ce jour-là, les chevaliers devaient cesser de guerroyer en observant une trêve.


Hérode ordonnant le massacre des saints Innocents
Missale secundum consuetudinem Romane curie
Bibliothèque municipale de Toulouse, ms 90 - fol. 026v

Comme l'énonce Marc de Montifaud dans Les triomphes de l'Abbaye des conards : avec une notice sur la fête des fous (1874), ce jour pouvait être celui de la fête des fous (fête évoquée dans l'article "La fête de Noël et ses préparatifs au Moyen Age"):

 

"Le 29 décembre, selon l'usage du pays, à l'abbaye de Saint-Césaire, l'abbesse folle offrait à son compère six gros en argent, "une bonne galine ben grasse", six pains de fleur de froment, etc., six pechié de vin, de la mesure del moustiers, et du bois pour faire du feu au réfectoire. Ce qu'il y avait de plus curieux, dans le branlebas sacerdotal était interpreté par les femmes. Le jour des saints Innocents, l'élection d'une abbesse folle et d'une petite abbesse, qui usurpaient la crosse et la place de l'abbesse légitime amenaient les plus piquantes perturbations. Les religieuses remplaçaient les chantres au lutrin, portant sur le nez des lunettes dont les verres étaient remplacés par des écorces d'oranges, vêtues d'habits grotesques, encensant l'autel avec de vieux cuirs enflammés, jouant aux dés, et mangeant des boudins dans l'église. Une citation de l'époque en offre la preuve : Nimia jocositate et scurrilibus cantibus utebantur, utpote farsis, conductis, motulis, etc."
Les triomphes de l'Abbaye des conards : avec une notice sur la fête des fous, 1874

 
Ces réjouissances liées aux fêtes religieuses n'étaient pas toutes des cérémonies solennelles et l'Eglise tenta en vain de les interdire ! Beaucoup d'historiens modernes s'accordent avec le chancelier Jean Gerson (1363-1429), théologien et prédicateur, pour voir dans ces jeux carnavalesques la soupape de sécurité de la cocotte-minute sociale ; une récréation de l'autorité qui permet à l'homme de se défouler, «comme on donne de l'air au vin nouveau pour éviter que le tonneau n'éclate».
 
Durant cette liesse, la liberté de parole et d'action dominait. Tout était prétexte à rire à gorge déployée, à se déguiser et à se moquer. Comme pour le Carnaval, la fête des fous ou encore celle de l'âne, la fête des Saints-Innocents voyait elle aussi  l'ordre de la société se renverser : un enfant était d'ailleurs désigné "évêque d'une journée".
 

"Les enfants choisissaient l'un d'entre eux qu'ils nommaient leur évêque, comme les prêtres et les diacres élisaient un Pape. Ils le revêtaient de tous les habits pontificaux, du rochet, du camail, de la croix pectorale, du bâton pastoral et de la mitre. Eux-mêmes étaient habillés en chanoines, avec le surplis, l'aumusse et la chape, et ils occupaient les hautes stalles, tandis que les vrais chanoines occupaient les stalles inférieures. L'un d'eux était nommé grand chantre et en faisait les fonctions ; le Chapitre lui accordait même le bâton cantoral.

Le petit évêque officiait à la messe chantée par un chanoine et recevait les honneurs dus à sa dignité ; il se tenait au choeur sur l'un des sièges épiscopaux. Il donnait la bénédiction solennelle et offrait à baiser son anneau. Deux de ses camarades faisaient diacre et sous-diacre. Ce dernier montait au jubé et chantait la curieuse épître farcie des Saints-Innocents, sur une très belle mélodie. Après chaque phrase latine il disait la traduction française. En 1500, il y avait un hymne spécial pour cette fête commençant ainsi : Celsa pueri concrepent melodia.
L'Ancienne Maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la Révolution,
J. A. Clerval, Paris, 1899
 
The Hereford Boy Bishop
 
Cette pratique typiquement médiévale a survécu en Angleterre avec l'élection du "boy bishop" notamment à la Hereford Cathedral. Plusieurs fois interdite et finalement autorisée depuis 1973, elle donne lieu à un événement annuel populaire et a même fait l'objet d'un timbre commémoratif le 18 novembre 1986 (avec une émission toute symbolique le 6 décembre qui a suivi).
 

1986 Christmas stamp illustrating the Hereford Boy Bishop
St Nicholas Center Collection
 

"The service begins as the choristers with their Boy Bishop and his assistants enter the cathedral from the song school carrying candles and singing the plainsong "sedentem in supernae majestatis" (They are seated in heavenly majesty), a prose for the feast of the Holy Innocents.  After the first lesson, there is a procession round the cathedral which finishes with the Boy Bishop kneeling in front of the Lord Bishop to pray and to be given the pastoral staff.  Then comes the moment he has been waiting for and he goes to the throne [as the choir sings the Magnificat with its proclamation "He hath put down the mighty from their seat: and hath exalted the humble and meek"].  After the anthem, the Boy Bishop preaches his sermon and, finally, at the conclusion of the service he receives two pence from the Canon Treasurer...  The Boy Bishop holds office until Christmas Eve..."
Boy Bishops

 
Plusieurs sites recensent une étonnante variété de jetons datant du XIIIe siècle. Ils étaient vraisemblablement distribués par le "boy bishop" et échangés contre des denrées alimentaires. Peut-être ont-ils été utilisés comme petite monnaie.
 
 
Elisabeth Féghali

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Notes :
 1 Le thème du massacre des Innocents se retrouve d'ailleurs dans la Danse macabre qui couvrait les murs de la galerie du cimetière des Innocents à Paris. Ceci fera l'objet d'un prochain article sur Citadelle !
 2  Cathédrales et églises qui célèbrent l'enfant-évêque Boy Bishops or Nicholas Youth Bishops
 

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