Actualités » Religion, croyances & superstitions » 6 janvier, 'nyuct des roys', 'jors de la Typhaine' : l'Épiphanie au Moyen Age

6 janvier, 'nyuct des roys', 'jors de la Typhaine' : l'Épiphanie au Moyen Age
Publié le 5 Janvier 2017

«Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, 
se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets,
ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.»
(Mt 2,12)
1


Voyage des rois mages (1201-1250)
Pontifical de Chartres

6 janvier : "nyuct des roys" ou "jors de la Typhaine"

Au terme de ce que l'on nomme les "Voyages de l'Adoration" et d'après l'évangéliste saint Matthieu, des mages sont venus reconnaître Jésus, l'Enfant Roi, peu de jours après sa naissance. On admet communément au Moyen Age que Trois Rois, Guaspar ou Caspar, Merchior ou Melchior et Balthasar sont venus se prosterner devant l'Enfant Jésus chargés d'offrandes : de l'or, de l'encens et de la myrrhe (des présents au nombre de 3 !).

Le Musée de Tulle possède trois spécimens de broderies anciennes dont "L'Adoration des mages" qui forme un tableau unique réunissant les personnages de la tradition ainsi qu'un autre à droite, transposés dans une interprétation typique de l'Occident médiéval. 


L'Adoration des mages2
broderie XIIIe-XIVe s. - Musée du Cloître de Tulle

 
La galette, une fève mais pas encore de couronne.

Le 6 janvier, jour de l'Épiphanie ou jour des Rois, on mangeait la galette qui contenait une fève. La représentation iconographique nous renseigne sur une pratique encore admise de nos jours (mais ici sans couronne). Tandis que le père de famille coupe la galette, un enfant se tient assis sous la table : c'est lui qui attribue à chacun sa part. Une tradition qui perdure...


miniature tirée des 
Heures dites d'Adélaïde de Savoie
ms. Chantilly Musée Condé 76
Musée Condé

Cette miniature, tirée des Heures dites d'Adélaïde de Savoie, contenue dans le manuscrit Chantilly Musée Condé 76, est précieuse à plus d'un titre. Cette représentation est suffisamment riche pour que l'historien s'interroge sur l'absence de la couronne durant le cérémonial de la fête des Rois. En littérature, il a été décrit avec beaucoup de précision par une religieuse Wallonne (région où le béguinage était très répandu). Ce témoignage très complet, tiré du manuscrit de Leyde (Bibl. Universitaire BPL46A), Geneviève Hasenhor nous le livre dans son article Du bon usage de la galette des Rois (pp. 445 à 467). La religieuse donne à "Ceste nuyt des roys" une valeur toute symbolique, plus qu'un renseignement sur une pratique folklorique quelconque, il s'agit bel et bien d'une méditation sur l'Epiphanie visant à illustrer de nombreux épisodes bibliques durant ce temps festif qui se décompose en 5 étapes bien définies...

Il semblerait que le motif de la fève ait été suffisamment connu à l'époque pour avoir un impact important sur le public de cette fin du XVe siècle : Jean Gerson, dans ses sermons, l'utilise pour symboliser la fugacité et l'éphémère.

Ainsi s'achève avec l'Épiphanie le cycle des 12 jours si riche en festivités et qui avait débuté le jour de la Nativité. Ce cycle des 12 jours n'est d'ailleurs pas sans rappeler les 12 mois de l'année durant lesquels fêtes populaires et fêtes chrétiennes vont se côtoyer.

Elisabeth Féghali

© 1999-2012 All rights reserved. Cet article ne peut être reproduit sans l'autorisation de citadelle.org

Notes:

1  Consulter également "La Caverne des Trésors" qui révèle la tradition syriaque.

2  Broderies du Musée de Tulle

BIBLIOGRAPHIE

HASENHOR Geneviève
Du bon usage de la galette des Rois in Romania, tome 14, 3 - 4 (pp. 445 à 467).
 
D'HAUCOURT Geneviève
La vie au Moyen Age (coll. Que sais -je?, n° 132, P.U.F., 1944, pp. 55 à 57).
 
ALEXANDRE-BIDON Danièle
La vie des écoliers au Moyen Age (Editions du Sorbier-2000)
 
WALTER, Philipe
Mythologie chrétienne : rites et mythes du Moyen Age.
Editions Entente, 1992, (pp. 87-113).
Une approche très particulière (car rarement abordée) et néanmoins passionnante (importance du Merveilleux), enrichie de références littéraires, pour comprendre qu'une mythologie typiquement médiévale s'est bien construite sur les croyances païennes que le christianisme dut assimiler dans le but de les contrôler.

Aucun commentaire


Poster un commentaire

Nom ou pseudo (obligatoire)
URL de votre site
Texte
Cryptogramme
(saisissez les lettres/chiffres ci-dessus)
  • Les commentaires sont modérés et peuvent faire l'objet de suppressions.
  • Tous propos diffamatoires ou hors sujets seront supprimés.