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'La Relique', trilogie de Jean-Louis Marteil
Publié le 31 Octobre 2011

Voici trois romans qui pétillent d'intelligence et d'humour

J'aime à penser que certaines rencontres ne sont pas uniquement dues au hasard... sauf si l'on croit toujours que le hasard fait bien les choses !

Je ne saurais dire à quel moment exact le Ciel m'envoya "Frère Boudin", échappé de son monastère de Saint-Mesquin-le-Retors, mais qu'il en soit béni car grâce à lui je fis la connaissance, littéraire s'entend, d'un auteur particulièrement attachant : Jean-Louis Marteil.
 

"La Relique" de Jean-Louis Marteil
(
© Editions La Louve)

Du sang neuf !

"La Relique", "L'Os de frère Jean" et "Le Vol de l'aigle" (La Louve éditions) forment une trilogie véritablement hors du commun. Oubliez tout ce que vous pensez savoir sur le roman historique et laissez-vous entraîner dans un tourbillon d'aventures rocambolesques savamment menées.

Jean-Louis Marteil redonne souffle et légèreté à un genre littéraire souvent affadi par un cruel manque d'originalité et alourdi, qui plus est, par une volonté presque obsessionnelle de systématiquement livrer une copieuse et assommante leçon d'Histoire. Et c'est d'ailleurs là que je rejoins Zoé Oldenbourg11 quand elle "affirme" que :

 

"Complimenter un romancier pour son érudition, réelle ou supposée, c'est le traiter de plagiaire et de cuistre.
La documentation étant à la portée du premier venu, l'écrivain est libre de s'en servir si cela lui plaît. Elle ne présente aucun intérêt en elle-même, et ne vaut que par l'interprétation qu'on lui donne. Tout roman, si "objectif" soit-il en apparence, est le portrait de son auteur, et n'obéit qu'aux lois de l'univers intérieur de l'écrivain
."

On sera donc enchanté de souligner que l'interprétation du Moyen Age est ici remarquable à tout point de vue et qu'elle ne s'essouffle jamais. Un humour désopilant et un bon sens désarmant viennent parfaire l'ensemble.


"L'os de frère Jean" de Jean-Louis Marteil
(
© Editions La Louve)

Un Moyen Age illuminé de gaîté

Car le Moyen Age présenté par Jean-Louis Marteil est festif, joyeux, coloré, vivant.

Dame nature s'invite le temps de petites historiettes qui ponctuent le récit principal. Aux épisodes familiers des contes renardiens que nous connaissons, pourraient venir s'ajouter les mésaventures de "l'écureuil et des deux mulots" ou encore celles de "rats bien trop téméraires".

Les moines de cette piquante communauté, faces de carême ou de comédie, pimentent le récit de leurs travers divers et variés. Hypocrites, avares, fourbes, envieux... tous y passent ! Sans compter les disgrâces physiques que tous se partagent en bons chrétiens. Les descriptions sont savoureuses surtout quand il s'agit des défauts d'élocution dont sont affublés certains personnages et auxquelles j'avoue avoir été particulièrement sensible.

Le langage est certes parfois fleuri mais sans jamais tomber dans l'excès ni le mauvais goût.

 

"Le vin te rend imprudent, face de cul ", lâcha Diego d'un ton froid et posé, montrant par là qu'il était physionomiste."
"La relique" p.99


Jean-Louis Marteil maîtrise son art à la perfection et la présence du ménestrel-jongleur, Joan, est là pour l'illustrer avec ses authentiques fabliaux dont la grivoiserie est une particularité toute médiévale.


"Le vol de l'aigle" de Jean-Louis Marteil
(
© Editions La Louve)

Tout est délicieusement irrévérencieux et l'on s'en réjouit à chaque page

Chaque mot est formidablement bien senti. Chaque répartie pertinente d'impertinence nous transporte dans un état second de béatitude. C'est vraiment très drôle et l'on ne compte plus les fois où l'on se surprend à rire tant elles sont nombreuses.

Jean-Louis Marteil prouve admirablement que l'on peut (le genre s'y prête !) concilier rigueur historique et humour…

Entre Ciel et Terre... 3 moines profondément humains

N'allez cependant pas croire que tout se résume à la farce gourmande et joyeuse. Car le lecteur assiste à l'évolution intérieure de nos 3 compères grâce à l'intervention quasi divine de personnages secondaires. La lecture devient alors profondément émouvante et donne toute sa puissance à l'ensemble. On referme chaque opus, les yeux rougis d'émotion pour ne pas dire embués de larmes.

Les moments d'anthologie sont légions et je vous laisserai découvrir le plus formidable d'entre eux, à mon humble avis, dans "Le vol de l'aigle".

A n'en point douter, Abdon, Jérôme et Bernard ne vous quitteront pas de sitôt.

Dédicace

J'avais évoqué en mai 1999, dans mon article "Autour des reliques et de leur commerce" cette pratique très caractéristique du Moyen Age. Je dédie amicalement pour l'occasion à Monsieur Marteil ces quelques exemples cocasses :

 

"Parmi les curiosités les plus marquantes, on constate d'une part qu'une petite église près de Blois conservait jalousement "le han !" poussé par Joseph lorsqu'il coupait du bois. D'autre part Agrippa d'Aubigné, poète protestant à la langue acerbe, rapporte que durant les guerres de Religions les huguenots brisèrent à Périgueux une fiole renfermant ... un éternuement du Saint-Esprit !"

Elisabeth Féghali

© 1999-2012 All rights reserved. Cet article ne peut être reproduit sans l'autorisation de citadelle.org

Notes :

1 Dans "L'Avertissement aux lecteurs" de son roman "La Joie des pauvres" (chaudement recommandé aussi) paru aux Editions Gallimard en 1970.

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