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Le 13e Guerrier (1999) de John McTiernan
Publié le 20 Janvier 2012
Adaptant le roman de Michael Crichton, Eaters of the dead, le film de John Mac Tiernan met en scène la rencontre de trois cultures très différentes.
 
"Les mangeurs de morts" de Michael Crichton 
Pocket SF-1994
 
Le narrateur, Ahmed Ibn Fadlan (courtisan du calife de Bagdad al-Muqtadir), représente la culture musulmane raffinée, polyglotte et commerçante de Bagdad, la Cité de la Paix, ville alors la plus civilisée du monde. Exilé après une aventure galante, il voyage en compagnie de son ami Melchisedek (Omar Sharif, que l'on croirait tout droit sorti de Lawrence d'Arabie, mais dont la présence à l'écran est ici réduite à 10 minutes). Les deux musulmans croisent un jour le chemin d'une troupe viking. Ils s'invitent sous la tente de leur chef et assistent à l'arrivée d'un messager porteur de sombres nouvelles. Grâce à Melchisedek, grand observateur de cultures étrangères et versé dans de nombreuses langues, Ahmed apprend qu'un village viking est victime des attaques des mystérieux et terrifiants monstres du brouillard. Une femme hirsute prophétise alors que treize hommes doivent être envoyés au secours du village, douze vikings... et un étranger. Ibn Fadlan se joint, bien malgré lui, à l'expédition et l'aventure commence.
 
Omar Sharif et Antonio Banderas
"Le 13e Guerrier" (1999)
 
Le musulman un peu "dandy", Antonio Banderas, très convaincant, devra gagner le respect des Vikings (Normands, littéralement "hommes du Nord") mal dégrossis, apprendre leur langue au cours d'une belle scène assez surréaliste mais très inspirée, enseigner des rudiments d'écriture au fier Buliwylf, le chef de l'expédition avant d'être confronté à l'impensable : les "Mangeurs de Morts", une peuplade cannibale au premier stade de l'Evolution !
 
Avant Le 13è guerrier, rarement les Vikings avaient été mis en scène au cinéma. Souvenez-vous du grand film de Richard Fleischer (Les Vikings, 1958, avec Kirk Douglas). Depuis ce dernier, c'était le désert (si l'on écarte la grosse rigolade des Monty Python, Erik le Viking de Terry Jones en 1989 et d'autres films mineurs). 
Ici, l'évocation de ce peuple fascinant est une complète réussite : impeccable casting de trognes nordiques, costumes et armures très réalistes, paysages et images superbes. Summum de précision historique, le fort où se retranchent les héros est bien en bois, alors que celui des Vikings de Fleischer était en pierre (Fort La Latte, dans le Finistère).
 
L'idée d'une rencontre entre différentes civilisations plus ou moins "cultivées" n'est pas très originale : on se rappellera peut-être du moyennement inspiré Robin des Bois, Prince des Voleurs (Kevin Reynolds, 1990) dans lequel Robin ramenait de croisade un Maure qui étonnait ses compagnons anglais par sa science. De plus, au milieu du film, le village sylvestre de Sherwood se trouvait attaqué par des barbares hirsutes, des mercenaires Celtes (qualifiées de "bêtes humaines"...). La comparaison avec Le 13è guerrier s'arrête là car le Maure apprenait surtout aux Anglais à fabriquer des flèches explosives, transformant Robin en "Rambo" médiéval !
 
Une des affiches américaines
The 13th Warrior (1999)
 
Dans le film de MacTiernan, l'échange des connaissances est tout de même plus subtil. Ibn Fahdlan est un homme qui s'intéresse aussi bien aux détails de la vie quotidienne qu'aux croyances des peuples qu'il côtoie : les Vikings sont d'abord montrés comme sales (la répugnante scène des ablutions), superstitieux et rustres. Ils livrent leurs secrets à Ahmed : celui-ci découvre leur finesse machiavélique au cours d'un duel politique, puis leur courage et leurs mépris de la mort au cours de la bataille finale contre les hordes des "Mangeurs de Mort". A ce moment, Ibn Fahdlan, qui a quitté son maquillage et sa djellaba pour une cotte de mailles, entonne avec ses amis un émouvant chant de mort. Deux cultures se rejoignent dans cette scène dont l'émotion guerrière et primitive rappelle la barbare prière à la fin de Conan (John Millius, 1981). Rien d'étonnant puisque Le 13è guerrier et Conan le Barbare baignent dans l'influence des épopées nordiques, pleines de dragons et de Héros aspirant à une mort glorieuse qui les conduira tout droit au Walhalla, à la table des dieux servie par de belles et farouches Walkyries. Ces deux films épiques ont en commun ce qui fait l'une des forces du cinéma : la capacité de nous transporter en d'autres temps et d'autres lieux, où les mentalités sont totalement différentes des nôtres.
 
Le 13è guerrier , ainsi que Les Survivants (1992) de Frank Marshall ou Vorace (Ravenous, 1998) d'Antonia Bird, est l'un des films de la fin du second millénaire sur lesquels plannaient le spectre d'un retour au cannibalisme. Une grande partie de l'oeuvre de John MacTiernan montre une fascination pour la Nature, pour la régression au stade primitif : dans Predator (1987), Arnold Schwarzenegger se retrouvait en pagne, la peau recouverte de boue, et abandonnait ses armes ultra modernes pour un arc et des javelots. Dans Piège de Cristal (1988), Bruce Willis passait une bonne partie du film pieds nus et en sous-vêtements à affronter des terroristes dans une jungle de béton. Antonio Banderas abandonne lui aussi les merveilles de la cour de Bagdad pour les grottes préhistoriques des "Mangeurs de Morts".
 
On note une fois de plus que chez MacTiernan, le Héros rejoint toujours le stade primitif pour triompher de ses adversaires, c'est une nécessaire adaptation, un recours à la force brute qui s'accompagne d'intelligence et de ruse.
 
Magistralement réalisé, "plastiquement" superbe, Le 13è guerrier aurait pu être un grand film. Malheureusement, sa sortie longtemps repoussée laissait alors craindre le pire : la censure frappa en la personne de l'un des producteurs, filiale de Disney (un comble pour ce genre d'oeuvre !) et des interventions abusives de Michael Crichton. Le film passa, rapportent les rumeurs, de plus de 2h à 1h40... des passages un peu trop violents, le rôle des deux fières femmes Vikings réduit à celui de figurantes, bref, des blancs narratifs qui se font parfois sentir...
 
Edition Blu-Ray Disc Collector parue en novembre 2011
"Le 13e Guerrier" (1999)
 
Le résultat vaut tout de même le détour mais l'on a longtemps rêvé d'un éventuel "Director's cut" (version intégrale décidée par le réalisateur) de ce film injustement traité par la machine Hollywoodienne...
12 ans plus tard, les cinéphiles devront se contenter d'une "simple" remasterisation de qualité et des très intéressants bonus de sa première édition Collector en Blu-ray Disc chez Metropolitan Vidéo.
 

"Limitée à 3 000 exemplaires, cette édition limitée contient un livret inédit de 40 pages proposant pour la première fois un comparatif entre le scénario du tournage et le film terminé, avec confirmation ou non par les comédiens que les scènes ont bien été tournées. c’est ce qui se rapproche le plus des intentions premières de John McTiernan." 
Source

Shimrod
 
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Fiche technique
Titre original :
13th Warrior (The)
 
Acteurs
Antonio Banderas : Ahmed Ibn Fahdlan
Dennis Storhoi : Herger
Vladimir Kulich : Buliwyf
Diane Venora : la reine Weilew
Omar Sharif : Melchisidek
Clive Russell : Helfdane  
Mischa Hausserman : Rethel
Sven Wollter : Rothgar  
Daniel Southern : Edgtho
Neil Maffin : Roneth
Tony Curran : Weath
Maria Bonnevie : Olga
 
Scénario :
Warren Lewis et  William Wisher, D'après le roman de Michael Crichton "Eaters of the dead"
 
Musique originale :
Jerry Goldsmith
 
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